Finance & Pilotage
Tableau de financement : méthode, calculs et exemple
Le tableau de financement explique comment les ressources durables de l’exercice ont couvert les emplois durables, puis comment les variations du besoin en fonds de roulement ont affecté la trésorerie. Dans sa présentation classique, il comporte deux parties : un tableau des emplois et ressources stables qui calcule la variation du FRNG, puis un tableau des besoins et dégagements qui relie cette variation au BFR et à la trésorerie.
Ce document est rétrospectif. Il ne doit être confondu ni avec le plan de financement d’un projet, ni avec le plan de trésorerie, ni avec le tableau des flux de trésorerie. Son intérêt principal est de répondre à une question de gestion : l’évolution de la structure financière a-t-elle renforcé ou fragilisé la trésorerie pendant l’exercice ?
Qu’est-ce qu’un tableau de financement ?
Le tableau de financement compare deux situations comptables et reconstitue les mouvements qui expliquent l’évolution de l’équilibre financier. Il ne se contente pas de soustraire chaque poste du bilan N-1 au poste N : les acquisitions, cessions, remboursements d’emprunts, augmentations de capital, distributions et autres flux doivent être identifiés à partir des annexes et informations complémentaires.
Le recueil 2026 de l’Autorité des normes comptables présente un modèle d’emplois et ressources et une seconde partie organisée en besoins et dégagements. Le modèle applicable dépend toutefois du référentiel et des obligations de l’entité : il ne faut pas présenter ce tableau comme un document universellement obligatoire pour toute entreprise française.
Tableau de financement, flux de trésorerie ou prévisionnel ?
| Document | Question traitée | Temporalité | Base principale |
|---|---|---|---|
| Bilan fonctionnel | Quel est l’équilibre FRNG, BFR et trésorerie à une date ? | Statique | Reclassement fonctionnel du bilan |
| Tableau de financement | Quels emplois et ressources expliquent l’évolution du FRNG, du BFR et de la trésorerie ? | Exercice écoulé | Deux bilans et données de flux |
| Tableau des flux de trésorerie | D’où viennent les encaissements et décaissements ? | Exercice écoulé | Flux d’exploitation, d’investissement et de financement |
| Plan de financement | Les ressources futures couvriront-elles les besoins durables d’un projet ? | Prévision | Hypothèses du projet ou business plan |
| Plan de trésorerie | Le solde bancaire prévisionnel restera-t-il suffisant chaque mois ? | Prévision mensuelle | Encaissements et décaissements attendus |
Le bilan fonctionnel fournit la photographie de départ et d’arrivée. Le tableau des flux de trésorerie, fondé notamment sur la logique d’IAS 7 lorsqu’elle est applicable, classe quant à lui les mouvements de cash par activité. Les deux analyses se complètent mais ne sont pas interchangeables.
Les deux parties du tableau de financement
Partie 1 : emplois et ressources stables
La première partie explique la variation du fonds de roulement net global. Les emplois durables consomment des ressources ; les ressources durables financent la structure et les investissements.
| Emplois stables fréquents | Ressources stables fréquentes |
|---|---|
| Distributions mises en paiement | Capacité d’autofinancement de l’exercice |
| Acquisitions d’immobilisations | Prix de cession ou réduction d’immobilisations |
| Réduction des capitaux propres | Augmentation de capital et autres apports |
| Remboursement du principal des dettes financières | Nouveaux emprunts et autres dettes financières |
Si les ressources stables dépassent les emplois stables, le FRNG augmente : la différence constitue une ressource nette. Si les emplois dépassent les ressources, le FRNG diminue : la différence constitue un emploi net. La relation de contrôle est :
Variation du FRNG = FRNG de clôture − FRNG d’ouverture = ressources stables − emplois stables.
Partie 2 : besoins, dégagements et trésorerie
La seconde partie analyse les variations de l’actif et du passif circulants. Elle distingue généralement l’exploitation, le hors exploitation et la trésorerie. Une augmentation d’actif circulant, comme les stocks ou les créances clients, crée un besoin. Une diminution de cet actif crée un dégagement. Pour le passif circulant, le raisonnement s’inverse : une hausse des dettes d’exploitation procure un dégagement, tandis qu’une baisse crée un besoin.
| Variation observée | Classement | Effet usuel |
|---|---|---|
| Stocks en hausse | Besoin | Le cycle immobilise davantage de ressources |
| Créances clients en baisse | Dégagement | Le poste clients libère des ressources |
| Dettes fournisseurs en hausse | Dégagement | Le financement obtenu des fournisseurs augmente |
| Dettes d’exploitation en baisse | Besoin | Le règlement des dettes consomme des ressources |
Cette convention de signes est une source d’erreur fréquente. L’augmentation d’un poste n’est donc pas automatiquement une ressource : tout dépend de sa nature, actif ou passif. Pour approfondir les délais et ratios, consultez le guide consacré à l’analyse du BFR.
Comment construire le tableau de financement en 8 étapes
- Fixer un périmètre comparable. Les deux situations doivent couvrir la même entité, les mêmes règles de classement et des dates cohérentes.
- Préparer les deux bilans fonctionnels. Calculez le FRNG, le BFR et la trésorerie nette à l’ouverture puis à la clôture.
- Rassembler les données de flux. Utilisez les tableaux d’immobilisations, les mouvements d’emprunts et de capitaux propres, l’affectation du résultat et les informations de cession.
- Déterminer la CAF sans raccourci. Reprenez une capacité d’autofinancement calculée et contrôlée à partir du compte de résultat ; la formule « résultat net + amortissements » est souvent incomplète.
- Construire la première partie. Classez les flux durables en emplois ou ressources et calculez la variation du FRNG.
- Construire la seconde partie. Transformez chaque variation d’actif ou de passif circulant en besoin ou dégagement.
- Calculer la variation de trésorerie. Utilisez la relation Δ trésorerie nette = Δ FRNG − Δ BFR.
- Réconcilier les résultats. La variation obtenue doit correspondre aux soldes de trésorerie d’ouverture et de clôture.
La ressource pédagogique d’IUTenligne sur la première partie du tableau fournit également un support d’entraînement. Pour contrôler les soldes de départ, notre méthode pour lire un bilan permet de retrouver les grandes masses sans confondre stocks et flux.
Exemple chiffré réconcilié
Une PME ouvre l’exercice avec un FRNG de 200 000 €, un BFR de 150 000 € et une trésorerie nette de 50 000 €. Pendant l’exercice, elle réalise les mouvements suivants.
| Partie 1 — emplois stables | Montant | Partie 1 — ressources stables | Montant |
|---|---|---|---|
| Acquisitions d’immobilisations | 180 000 € | Capacité d’autofinancement | 120 000 € |
| Remboursement d’emprunts | 50 000 € | Nouvel emprunt | 80 000 € |
| Dividendes mis en paiement | 20 000 € | Augmentation de capital | 40 000 € |
| Cession d’immobilisation | 20 000 € | ||
| Total des emplois | 250 000 € | Total des ressources | 260 000 € |
Les ressources dépassent les emplois de 10 000 €. Le FRNG passe donc de 200 000 € à 210 000 €.
Dans la seconde partie, les stocks augmentent de 15 000 € et les créances clients de 30 000 € : les besoins atteignent 45 000 €. Les dettes fournisseurs augmentent de 20 000 € et les autres dettes d’exploitation de 5 000 € : les dégagements atteignent 25 000 €. Le BFR augmente donc de 20 000 €, de 150 000 € à 170 000 €.
Variation de trésorerie = +10 000 € de FRNG − 20 000 € de BFR = −10 000 €. La trésorerie nette passe bien de 50 000 € à 40 000 €. Le calcul se réconcilie aussi à la clôture : 210 000 € de FRNG − 170 000 € de BFR = 40 000 € de trésorerie nette.
Le diagnostic détaillé de cette égalité est présenté dans notre guide trésorerie nette, FRNG et BFR.
Comment interpréter le résultat ?
- FRNG en hausse et trésorerie en hausse : les ressources durables progressent plus vite que le besoin de financement du cycle.
- FRNG en hausse mais trésorerie en baisse : l’amélioration du haut de bilan ne compense pas l’augmentation du BFR, comme dans l’exemple.
- FRNG en baisse et BFR en baisse : la trésorerie peut rester stable, mais il faut vérifier si la baisse du BFR provient d’une gestion améliorée ou d’un recul d’activité.
- FRNG et trésorerie en baisse : les investissements ou remboursements peuvent excéder les ressources durables ; la soutenabilité du financement doit être étudiée.
Aucun signe ne suffit seul à conclure. Une hausse d’emprunt améliore les ressources stables mais accroît les remboursements futurs. Une baisse des stocks libère des fonds, sauf si elle provoque des ruptures. L’interprétation doit combiner évolution, causes et capacité future de l’entreprise.
Les erreurs les plus fréquentes
- confondre tableau de financement rétrospectif et plan de financement prévisionnel ;
- calculer la CAF uniquement avec le résultat net et les amortissements ;
- inscrire la valeur nette comptable d’un actif à la place du prix de cession dans la ligne de ressource correspondante ;
- inclure les intérêts dans le remboursement du principal d’un emprunt ;
- inverser besoin et dégagement pour les postes de passif circulant ;
- déduire les acquisitions d’immobilisations de la seule variation brute du bilan sans analyser les cessions et reclassements ;
- accepter un écart entre la variation calculée et les soldes FRNG/BFR/trésorerie.
Vidéo : construire la première partie
Cette vidéo de la série « Analyse financière » présente le principe et le modèle pratique de la première partie du tableau de financement, centrée sur les emplois, les ressources et la variation du FRNG.
Utiliser le tableau pour décider
Le tableau de financement transforme deux bilans en explication dynamique. Il permet de vérifier si l’investissement a été financé par la CAF, le capital ou la dette, puis de mesurer ce que le cycle d’exploitation a absorbé. À partir de ce constat, l’entreprise peut revoir ses délais clients, ses stocks, son programme d’investissement ou son échéancier d’emprunt.
La décision future doit ensuite être chiffrée dans un prévisionnel. Le guide de Bpifrance Création sur le plan de financement rappelle que les besoins durables prévus doivent être mis en regard des ressources durables attendues. Il reste alors à comparer les options de financement de l’entreprise en tenant compte de leur coût, de leur durée et du risque qu’elles transfèrent aux exercices suivants.
