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Apport en numéraire : définition, libération et dépôt
Définition, libération, dépôt et déblocage : les règles 2026 de l’apport en numéraire selon la forme de société.
Un apport en numéraire est une somme d’argent qu’un associé s’engage à verser au capital d’une société en échange de parts sociales ou d’actions. À la constitution, tout l’apport doit être souscrit, mais il n’est pas toujours nécessaire de le verser intégralement tout de suite. La fraction minimale dépend de la forme juridique : 20 % en SARL ou EURL, 50 % en SAS, SASU, SA ou SCA. Les statuts déterminent le rythme de versement dans les formes qui ne sont pas soumises à ces minima.
Cette opération paraît simple, mais quatre notions sont souvent confondues : souscrire, libérer, déposer puis débloquer le capital. Voici les règles applicables en 2026, les étapes pratiques et les points à vérifier avant l’immatriculation.
Qu’est-ce qu’un apport en numéraire ?
L’apport en numéraire porte uniquement sur de l’argent. Il se distingue de l’apport en nature, qui concerne un bien — véhicule, matériel, fonds de commerce, logiciel ou immeuble — et de l’apport en industrie, fondé sur un travail, une compétence ou un savoir-faire. L’apport en industrie peut donner des droits à l’associé, mais il ne forme pas le capital social.
En contrepartie de son apport, l’associé reçoit des parts sociales dans une SARL ou une EURL, ou des actions dans une société par actions. Le montant apporté influence donc les droits financiers et, selon les statuts, les droits de vote. Avant de fixer les montants, il faut penser à la répartition du capital entre les associés, et pas seulement à la trésorerie nécessaire au démarrage.
L’apport en numéraire suppose l’existence d’une société. Une entreprise individuelle, y compris une micro-entreprise, n’a pas de capital social : l’entrepreneur ne réalise donc pas d’apport en numéraire au sens du droit des sociétés.
Souscription, libération, dépôt et déblocage : quatre opérations différentes
- La souscription est l’engagement irrévocable de l’associé à apporter une somme déterminée. Si un associé souscrit 8 000 €, il promet 8 000 €, même s’il n’en verse qu’une fraction au départ.
- La libération est le paiement effectif de tout ou partie de la somme souscrite. Le montant restant dû constitue le capital souscrit non appelé ou non libéré.
- Le dépôt consiste à remettre les sommes libérées à un dépositaire habilité pendant la constitution. Le dépositaire délivre une attestation nécessaire au dossier d’immatriculation.
- Le blocage empêche d’utiliser les fonds avant l’immatriculation. Le déblocage intervient ensuite sur présentation du justificatif d’immatriculation demandé par le dépositaire, généralement l’extrait Kbis pour une société commerciale.
Une société peut donc afficher un capital souscrit de 10 000 € alors que 2 000 € seulement ont été libérés et déposés au départ. Le capital statutaire reste bien de 10 000 € ; les 8 000 € restants demeurent dus par les associés.
Quelle fraction faut-il verser lors de la création ?
| Forme juridique | Minimum libéré à la constitution | Délai du solde | Fondement |
|---|---|---|---|
| SARL et EURL | 20 % de chaque apport en numéraire | Dans les 5 ans suivant l’immatriculation, sur appel du gérant | Article L. 223-7 du Code de commerce |
| SAS et SASU | 50 % de chaque apport en numéraire | Dans les 5 ans suivant l’immatriculation, selon les appels prévus | Article L. 227-1, qui renvoie notamment au régime des sociétés anonymes |
| SA | 50 % de la valeur nominale des actions de numéraire | Dans les 5 ans suivant l’immatriculation | Article L. 225-3 du Code de commerce |
| SCA | 50 % pour les actions de numéraire | Dans les 5 ans suivant l’immatriculation | Article L. 226-1 du Code de commerce |
| SNC, SCS et SCI | Pas de fraction légale générale comparable à 20 % ou 50 % | Échéancier prévu par les statuts ou décidé conformément à ceux-ci | Statuts et règles propres à la forme choisie |
Ces pourcentages sont des minima, pas des plafonds. Les associés peuvent libérer 100 % du capital dès la création. Le récapitulatif officiel de Service-Public distingue également les règles selon la forme sociale. Pour comprendre le rôle économique du montant choisi, consultez aussi notre guide du capital social.
Exemple avec un capital de 10 000 €
Deux associés souscrivent ensemble 10 000 € d’apports exclusivement en numéraire. Dans une SARL, ils doivent verser au minimum 2 000 € à la constitution ; le gérant pourra appeler les 8 000 € restants dans les cinq ans. Dans une SAS, ils doivent verser au minimum 5 000 € au départ ; le solde de 5 000 € devra être payé dans le même délai maximal.
Si les associés déposent volontairement les 10 000 € dès le début, le capital est entièrement libéré. Il ne faudra plus procéder à un appel de solde.
Les sept étapes pour réaliser l’apport en numéraire
- Déterminer le capital et sa répartition. Chaque associé fixe la somme qu’il souscrit et le nombre de titres reçus en contrepartie. La somme des apports composant le capital doit correspondre au montant inscrit dans les statuts.
- Rédiger un projet de statuts cohérent. Il précise le capital, les apports de chacun, la fraction libérée et les modalités d’appel du solde. Dans une société par actions, préparez également la liste des souscripteurs.
- Choisir un dépositaire. En 2026, le dépôt peut être effectué auprès d’un établissement de crédit acceptant l’opération ou d’un notaire, comme l’indique la fiche officielle sur le dépôt du capital. Un simple établissement de paiement ne peut pas recevoir directement ce dépôt. La Caisse des dépôts et consignations n’accepte plus les nouveaux dépôts de capital ; elle ne doit donc pas être présentée comme une option actuelle.
- Transmettre le dossier de contrôle. Le dépositaire demande habituellement le projet de statuts, les pièces d’identité des associés et du dirigeant, un justificatif du siège, la liste des souscripteurs le cas échéant et des justificatifs sur l’origine des fonds. La liste exacte varie selon ses obligations de vigilance.
- Verser les fonds. Les modes prévus sont le virement bancaire, le chèque émis par une banque domiciliée en France ou les espèces, sous réserve des contrôles et modalités du dépositaire. Chaque versement doit pouvoir être rattaché au souscripteur concerné.
- Récupérer l’attestation de dépôt. Vérifiez le nom de la société en formation, le montant total, l’identité des apporteurs et la concordance avec le projet de statuts. Notre guide explique comment obtenir l’attestation de dépôt du capital.
- Finaliser l’immatriculation puis débloquer les fonds. Après la signature définitive des statuts et l’immatriculation, transmettez au dépositaire le justificatif demandé. Les fonds deviennent alors disponibles sur le compte de la société.
Le dépôt ne crée pas la société à lui seul. Il sécurise les sommes souscrites pendant la période de formation et apporte une preuve au dossier d’immatriculation. Si le calendrier est serré, anticipez le contrôle du dépositaire : les délais dépendent surtout de la complétude du dossier. Nous avons détaillé les points de vigilance dans l’article consacré au délai d’obtention de l’attestation de dépôt.
Libération partielle : comment verser le solde ?
Après l’immatriculation, le solde n’est pas versé spontanément à n’importe quelle date : l’organe compétent effectue un appel de fonds conformément à la loi et aux statuts. Dans une SARL ou une EURL, le gérant appelle le solde. Dans une SAS ou une SASU, les statuts organisent la compétence et la procédure, dans la limite du délai légal.
L’appel indique le montant dû par chaque associé, la date limite et les coordonnées de paiement. La société conserve la décision ou l’avis d’appel, les justificatifs bancaires et la mise à jour comptable. Le versement de ce solde n’est pas une augmentation de capital : l’associé paie simplement une somme qu’il avait déjà souscrite, et le montant statutaire du capital ne change pas. Il n’y a donc pas, pour ce seul paiement, à refaire automatiquement les statuts ou à publier une annonce légale comme s’il s’agissait d’une augmentation.
La libération intégrale dès la constitution renforce les fonds immédiatement disponibles. La libération partielle préserve la trésorerie personnelle des associés, mais elle laisse subsister une dette envers la société. Pour arbitrer, lisez les avantages et risques de la libération partielle du capital.
Que se passe-t-il en cas de retard ou d’abandon du projet ?
L’associé qui ne verse pas une somme devenue exigible doit de plein droit les intérêts à compter du jour où elle devait être payée, sans exclure d’éventuels dommages et intérêts si la société subit un préjudice. Cette règle générale résulte de l’article 1843-3 du Code civil. Des conséquences supplémentaires peuvent découler de la forme sociale, des statuts et des démarches engagées par la société.
Si la société n’est pas constituée ou immatriculée dans les six mois suivant le premier dépôt, les apporteurs disposent d’une procédure pour récupérer leurs fonds. Les modalités diffèrent selon la forme et la situation : l’article L. 223-8 encadre notamment la SARL, tandis que l’article L. 225-11 vise les sociétés par actions. Il ne faut pas considérer que le compte se débloque automatiquement au lendemain du sixième mois : le dépositaire demandera les justificatifs correspondant à la procédure applicable.
Apport en numéraire lors d’une augmentation de capital
Une société déjà immatriculée peut émettre de nouveaux titres contre de l’argent. Cette fois, il s’agit d’une véritable augmentation de capital : décision collective ou de l’organe habilité, respect des droits des associés, souscription, versement, modification des statuts et formalités de publicité et de dépôt.
Il faut distinguer cette opération du simple appel du solde initial. Pour une augmentation de capital en numéraire :
- dans une SARL ou une EURL, le capital antérieur doit être intégralement libéré avant la souscription de nouvelles parts en numéraire ; les nouvelles parts sont libérées d’au moins un quart de leur valeur nominale, avec paiement du solde dans les cinq ans, selon l’article L. 223-32 du Code de commerce ;
- dans une SA — et, par renvoi, dans les SAS pour les règles applicables — une augmentation en numéraire suppose également la libération intégrale préalable du capital, conformément à l’article L. 225-131. Les nouvelles actions sont libérées d’au moins un quart de leur valeur nominale et de la totalité de la prime d’émission lors de la souscription ; le solde suit le délai prévu par l’article L. 225-144.
La formule « toute augmentation exige toujours un capital entièrement libéré » serait trop large : ces textes visent l’augmentation en numéraire et les formes concernées. Une autre opération, par exemple l’incorporation de réserves ou un apport en nature, obéit à son propre régime.
Un apport en numéraire au capital donne des titres et modifie durablement les fonds propres. L’argent n’est pas remboursable librement à l’associé : sa restitution suppose en principe une opération sur le capital ou intervient lors de la liquidation.
Une avance en compte courant d’associé est au contraire une créance de l’associé sur la société. Elle apporte de la trésorerie sans créer de nouvelles parts ou actions. Son remboursement dépend de la convention de compte courant, de la trésorerie disponible et, le cas échéant, d’une clause de blocage. Elle ne remplace pas l’apport promis au capital. Le bon choix dépend notamment du besoin de financement, de l’équilibre entre associés et de la capacité de remboursement de l’entreprise.
Les contrôles à effectuer avant de déposer les fonds
- le total des souscriptions correspond exactement au capital indiqué dans le projet de statuts ;
- la fraction versée respecte le minimum propre à la forme sociale ;
- chaque virement permet d’identifier l’apporteur et le montant qui lui revient ;
- les noms, adresses et montants concordent entre les statuts, la liste des souscripteurs et l’attestation ;
- l’échéancier du solde est réaliste et connu des associés ;
- la répartition des titres correspond bien à l’accord entre les fondateurs.
À retenir : souscrire crée l’engagement, libérer exécute le paiement, déposer sécurise les fonds pendant la constitution et débloquer les rend disponibles après l’immatriculation. Cette distinction évite les deux erreurs les plus fréquentes : confondre le capital annoncé avec la somme déjà versée et traiter un simple paiement du solde comme une augmentation de capital.
Informations vérifiées le 6 septembre 2026 à partir des textes officiels cités. Ce contenu fournit une information générale et ne remplace pas un conseil juridique, fiscal ou comptable adapté à votre situation.